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21 janvier 2009

L’idée d’une philosophie négro-africaine par

L’idée d’une philosophie négro-africaine

par Amady Aly Dieng , samedi 20 décembre 2008 |

  • par Marcien Towa
  • Editions Clé Yaoundé 1997
  • 118 pages

Le texte repris dans le présent ouvrage est celui d’une conférence publique que Marcien Towa, Docteur d’Etat en philosophie, devait donner au Festival de Lagos en 1976. Il a été publié en 1978 au deuxième numéro des Cahiers du Département de Philosophie de la Faculté des Lettres de Yaoundé sous une forme plus développée, avec le texte du débat substantiel dont il a fait l’objet au cours d’un séminaire organisé au sein du Département de Philosophie.

Précisant certaines vues exposées dans son Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle (Editions Clé), l’auteur montre qu’il est légitime d’admettre l’existence d’une pensée philosophique dans la tradition culturelle de l’Afrique, à condition, pour éviter toute collusion avec l’ethnophilosophie, de s’en tenir à une définition précise de la philosophie, et de s’appuyer avant tout sur des textes traditionnels, qu’ils soient écrits ou oraux. Il insiste cependant sur l’urgence de concentrer nos efforts, non sur l’exhumation d’une philosophie passée, mais sur l’élaboration philosophique de nos problèmes actuels, qu’ils soient d’ordre théorique ou d’ordre pratique. Il se risque à proposer quelques thèmes, à ses yeux, essentiels, qui devraient retenir l’attention des philosophes africains.

La philosophie existe. Elle se présente comme un ensemble d’ouvrages philosophiques. La lecture de ces ouvrages impose, semble-t-il, l’idée que la philosophie est le courage de penser l‘absolu. L’homme pense, et, de tous les êtres connus, il est le seul qui pense. La pensée est prise ici dans un sens restrictif : au sens de peser, de discuter les représentations, les croyances, les opinions, de les confronter, d’examiner le pour et le contre de chacune, de les trier, de les critiquer pour ne retenir comme vraies que celles qui résistent à cette épreuve de critique et de tri.

Quelques domaines de la vie humaine, et justement les plus importants, entendent se soustraire à tout examen, à toute discussion et à toute critique, c’est-à-dire, à la pensée. C’est généralement le cas de la religion et du pouvoir. Si l’on admet que la philosophie est avant tout refus du principe d’autorité dans quelque domaine que ce soit et exigence de rationalité, on doit convenir aussi qu’elle repose sur la même base que la science. La démarche philosophique se caractérise par la liaison entre le souci de connaître rationnellement, méthodiquement, la réalité aussi bien physique que socioculturelle et la volonté de prendre appui sur ce savoir pour définir l’orientation profonde, absolue que doit adopter le comportement humain.

Admettre la multiplicité des philosophies, c’est accepter la possibilité d’une philosophie africaine particulière. Circonscrire, délimiter au sein de la culture en général, le domaine particulier de la philosophie en l’opposant à celui du mythe et en le distinguant de la science et des autres composantes de la culture, c’est laisser entendre que la possibilité d’une philosophie africaine est conditionnelle. La question de l’existence ou de l’inexistence d’une philosophie africaine propre n’est susceptible d’une réponse intelligible qu’à une condition : que ceux qui la posent se soient d’abord mis d’accord sur ce qu’ils entendent par philosophie. Pour se faire une idée de la nature de la philosophie, il faut bien partir des ouvrages dits philosophiques et la discipline qui porte le nom de philosophie .Or ces ouvrages sont européens, ce nom est européen. C’est dans des universités européennes que cette discipline est enseignée depuis des siècles. Faire ces constatations ce n’est pas affirmer que la discipline appelée philosophie est exclusivement européenne.

Théoriquement, rien n’empêche de chercher une voie d’accès à la signification du mot « philosophie » en partant d’une langue africaine et de textes africains. Mais en fait cette voie n’a pas été empruntée, parce que la question de l’existence d’une philosophie africaine n’a pas surgi du développement spontané et autonome de la société africaine. Marcien Towa essaie seulement d’apporter une réponse à un problème formulé non par les Africains, mais par les idéologues de l’impérialisme européen.

Ce sont les philosophes européens qui ont formulé le syllogisme du racisme, fondement idéologique de l’impérialisme européen. Le syllogisme du racisme peut s’énoncer ainsi :

L’homme est un être essentiellement pensant, raisonnable. Or le nègre est incapable de pensée et de raisonnement. Il n’a pas de philosophie, il a une mentalité prélogique, etc. Donc le Nègre n’est pas vraiment un homme et peut être, à bon droit, asservi, traité comme un animal.

La raison constitue effectivement la caractéristique essentielle de l’homme. Tous les peuples en sont également dotés. Mais elle est plus ou moins développée selon les conditions plus ou moins favorables qui lui sont offertes dans les différents régimes sociaux. Admettre que la discussion portant sur l’absolu (c’est-à-dire la philosophie) constitue assurément une entreprise ardue et dangereuse, c’est convenir aussi que la philosophie est une des manifestations les plus hautes de la pensée.

Toutes les cultures ne connaissent pas un développement de la pensée philosophique ; car un grand nombre de sociétés ne tolèrent aucune discussion sur les croyances, les valeurs et les normes suprêmes. Toutes les cultures n’ont pas de philosophie, mais toutes en sont capables. Les religions sont des anti-philosophies.

Toutes proportions gardées, on peut dire que le senghorisme a été victime d’une grande myopie en opposant l’émotion nègre à la raison grecque sans se rendre compte, comme l’a rappelé Cheikh Anta Diop, que ce sont les peuples de la vallée du Nil qui, les premiers, ont développé les sciences et les techniques et qui selon la formule biblique, « ont commencé à être puissants sur la terre ». Mais il serait téméraire de tenir compte de la totalité de culture négro-africaine encore si mal connue.

La pensée de l‘Egypte pharaonique présente des traits contrastant avec la Bible et le Coran. Une première caractéristique est le souci d’unité, une unité non pas immédiate mais résultant d’une intégration, par synthèse de toutes les valeurs, et non par exclusion de ce qui se présente comme différent. Le panthéon égyptien n’est pas, comme le sera plus tard celui des Grecs, constitué de divinités ennemies en guerre les unes contre les autres.

Les Dieux égyptiens ne sont que les différentes manifestations, les différents aspects d’un seul et même Dieu. Le second trait est constitué par l’affirmation de l’identité entre l’homme et Dieu. Le troisième trait de la culture égyptienne se réduit à la rationalité de la norme suprême de comportement. L’organisation de la société égyptienne, la conduite de l’Egyptien devaient être régies par une valeur centrale : la Maat. Cette notion dense et complexe désigne l’ordre cosmique, social et intérieur.

La pensée africaine traditionnelle ne place rien au-dessus de l‘intelligence. La pensée africaine profonde refuse de reconnaître à quiconque le monopole de l’intelligence et de la perfection éthique.

Marcien Towa pose les problèmes d’une philosophie africaine de notre temps ; La possibilité d’une renaissance philosophique en Afrique est liée à son destin politique et économique. L’Afrique ne formulera une grande philosophie moderne que si elle devient ou tend à devenir une grande puissance moderne pouvant se déclarer responsable du sort du monde sans prêter à sourire.

L’Occident impérialiste est l’ennemi de la pensée. Ce n’est pas le culte mais la trahison de la pensée qu’il faut reprocher à la civilisation occidentale, l’Occident n’est pas coupable de l’extension et de l’universalisation de la raison, mais de sa limitation.

Il faut exorciser la hantise de l’originalité et de la différence, c’est-à-dire, de la tradition, non pas certes en la condamnant et en la rejetant en bloc, mais en la jugeant après l’avoir étudiée et examinée avec soin.

La révolution est la condition de toute renaissance culturelle, suggère Frantz Fanon. La dégradation de la culture traditionnelle découle de la domination et notamment de la perte du pouvoir de décision.

En conclusion, la résistance que bon nombre d’intellectuels négro-africains opposent à la science et à la raison provient moins de la tradition proprement africaine que du traditionalisme africain moderne d’un Senghor fortement influencé par le racisme colonial, ainsi que des traditionalistes judéo-chrétien et musulman.

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